Les bonheurs simples de la vie sont souvent inattendus. C'est par exemple trier avec son frère du vieux matériel informatique. C'est être prise d'un
doute et vouloir démonter un vieux lecteur de CD-ROM pour vérifier qu'un disque n'y est pas resté. C'est s'érafler les ongles et s'égratigner les doigts contre la carcasse coupante. C'est ne pas
réussir à l'ouvrir, même à deux. C'est décider de le dézinguer complètement, tant pis.
Et c'est y découvrir le CD que l'on cherchait depuis presque deux ans, le premier album de The Tara King theory.
Quand le monde glisse, il fait bon retrouver son frère et cette musique.
Y a des gens comme ça, ça fait chier qu'ils soient morts.
Là ce soir, c'est Elliott Smith. J'ai écouté une de ses chansons et ça m'a fait tout bizarre. Le jour où j'ai appris sa mort ça m'avait fait pareil. Un vide.
Cet enfoiré s'est poignardé alors que le monde avait encore besoin de lui. Quand on sait faire sortir de si belles choses de soi, on a un devoir. On ne peut pas dire goodbye et priver l'humanité
de tant d'espoirs. Des espoirs d'oeuvres, d'émotions, de ressentis.
C'était un homme bien sûr. Et comme tout homme, il avait le droit de se poignarder. C'était sa vie, c'était sa mort. Aucun droit de regard là-dessus. Mais je ne retiens que l'artiste,
l'égratigneur. Je n'ai pas connu l'homme.
Je n'étais pas de ses fans, pas même de ses admirateurs. J'écoutais, je respectais, j'appréciais. Point barre. J'avais mon histoire personnelle avec son travail. Je m'étais approprié ce que j'en
connaissais. Ça s'arrêtait là. Ça suffisait. N'importe qui aurait pu avoir des liens plus affectifs avec sa musique. Ma distance envers lui, c'est justement ça qui me fait tant le regretter. Il
était resté l'artiste. Et y a des artistes comme ça, ça fait chier qu'il soient morts.
Je t'en veux Elliott d'avoir amputé mon futur de tout ce que tu aurais pu apporter. J'ai le droit de t'en vouloir, tu n'avais pas de coeur, tu n'étais pas un homme.
Dimanche 17 décembre 2006
C'est ce besoin viscéral de savoir qu'elle appartient à mon univers. C'est conserver ses lettres comme des jalons de notre histoire. Elle est là.
Simplement. Entre nous pas d'hypocrisies, pas de masque, pas d'artifice. Nous nous connaissons trop bien pour pouvoir dissimuler les failles ou les colères. Et de toute façon, quel besoin, quelle
envie de le faire ?
Elle a vu les suites de la prise de conscience, la maturation. Quand un nouvel univers, immense, s'est ouvert sous mes
pieds, elle a été ce repère , celle qui m'a obligée à continuer à croire en un monde différent.
Sa vie dans la mienne.
Ma
vie dans la sienne.
Mes yeux sont désormais trop souvent trop longtemps orphelins des siens. Elle pourrait me manquer. Je ne ressens pourtant pas ce vide d'elle. Elle a
laissé trop de marques autour de moi, trop d'empreintes, trop de souvenirs qui se rappellent à mon esprit pour que je me sente esseulée. Il n'y a que la proximité qui me manque, sa présence
physique. Pouvoir la voir là, lui parler, l'entendre me répondre, la toucher, me perdre dans son sourire.
Elle a fait de ma vie un possible à un moment où tout s'écroulait sous nos pieds. Nous avons choisi un chemin moins emprunté mais avec une lumière au bout.
Two roads diverged in a wood and I
I took the one less traveled by
And that has made all the difference
Robert Frost, The road Not Taken
Elle ne me manque pas puisqu'elle est en moi.
par Leica
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Elle
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Le mec qui a inventé les tisanes réglisse-menthe au miel, il devrait avoir ses cendres au Panthéon.
J'ai compris ce que je possédais. J'ai compris ce que je pouvais perdre, d'un crissement de pneu, d'un fluide ou d'un seul
mouvement. L'équilibre est fragile. On penche un peu trop d'un côté et la vie peut basculer.
Je m'effondre à l'idée même d'avoir à supporter l'absence, que tout soit là et puis plus rien. Plus jamais. On n'a
pas inventé de mots pour dire ça, pour dire que je ne veux pas que tu disparaisses. Ces mots-là, s'ils existaient, on ne les prononcerait pas, on ne les écrirait même pas parce qu'ils feraient
trop peur. Ce soir, dois-je dire que je n'ai pas besoin de ces mots pour avoir peur ?
J'ai en face une vie qu'il n'appartient plus qu'à moi de réaliser. Mes aspirations, mes rêves, mes objectifs, tous devant moi. J'avais déjà ma Blanche mais en toi j'ai trouvé le compagnon qu'il
manquait. Une main réconfortante, un sourire approbateur, des bras garde-fou, des tendresses plein la voix. Tu fais tout en une seule personne. Si j'avais su avant que ça habitait si près, les
anges...
Je me contrefiche que mon lectorat voit en cette nouvelle note le déballage intempestif de sentiments mièvres et irraisonnés. Allez vous faire foutre petits merdeux ! L'âme n'est pas l'esprit. Mon Poco n'a pour rien au
monde à voir avec la Raison et dieu merci ! Il n'est pas une chose que l'on choisit, que l'on selectionne sur catalogue parce qu'elle répond à un cahier des charges. Je ne mettrai pas de mesure à
mes sentiments parce que j'ai pris la voie du coeur, pas celle que le bon sens enjoint d'emprunter. Mes élans ne seront trop que pour ceux qui ont un trou dans la poitrine à la place de
l'humanité. Je n'ai cure de ce que "on" en pensera.
Cette note est justement tout le contraire d'une foucade. J'avais ce soir tellement envie d'être là pour t'aider à trouver le bon chemin, pour te tenir compagnie, pour t'accueillir et te
consoler, pour au moins te masser les pieds pour les délasser, pour t'apporter un verre de grenadine, t'offrir mes cuisses pour poser ta tête. Tu n'aurais pas dû avoir à vivre ça seul. Eh merde,
je parle comme les Petits frères.
J'allais t'envoyer un mail pour lister ces regrets, radoter encore une fois combien j'avais envie de prendre soin de toi. Mais j'ai atterri sur ce blog qui racontait l'absence de l'aimé, la vie
après alors que l'on n'imagine pas qu'elle puisse être encore possible. J'ai pensé à toi et je me suis ruiné les yeux.
Je t'aime. Meurs pas, c'est tout ce que je te demande.
J'y perdrais beaucoup, à commencer par moi.
par Leica
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Lui
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