Dimanche 5 novembre 2006

Ce soir en mangeant mes feuilletés aux noix de Saint Jacques, je me suis souvenue de ce dimanche soir où l'envie et la force m'avaient manqué pour aller dîner au self. Tu m'avais nourrie dans ta chambre, partageant avec moi ta portion de bouchées à la reine. J'avais trouvé tes bras pour me réfugier, tes yeux pour me noyer. Ce weekend-là ne m'avait pas vue dans mon plus bel état. J'avais pris en pleine face trop d'émotions contradictoires, trop de vérités aiguisées en trop peu d'heures. "Du rire aux larmes" ou bien l'inverse.
J'écrivais à peine la fin d'une époque que tu pointais déjà tes mains douces pour tout faire voler en éclats. J'avais pourtant pris une décision et j'allais m'y tenir. Mais tu m'as happée au vol. Leica échaudée craignait l'eau froide, Desproges lui a fait tout oublier.
J'avais jetté mes repères avec l'eau du bain. Consciemment, un peu. Mon besoin premier était de reconstruire une esquisse d'existence, un squelette d'environnement dans lequel les rapports auraient été simplistes. J'aurait pu bâtir une nouvelle image de ma vie et une fois ainsi armée, m'ouvrir à tout changement. Au lieu de ça, j'ai compliqué tout de suite en ajoutant une composante caressante dans ma bulle. Depuis toujours je me dévaste pour mieux reconstruire. Tu es venu bousculer mes habitudes, glisser dans mes rouages un innocent "je veux ma place".
J'ai cru un instant que tu allais tout bloquer, empêcher mon processus de réinitialisation. Face à toi ce dimanche, toutes mes craintes se sont enfuies. J'appréciais enfin tout le poids de cette déclaration, "Un peu moins loin dans l'implicite". Je comprenais que tu deviendrais le mortier de mes constructions futures.
Quelques heures plus tard, je m'endormais dans tes bras. Desproges m'avait fait mentir et je l'en remerciais.

par Leica publié dans : Lui
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Dimanche 29 octobre 2006
Pauvre cave-canem ! Plus de cinquante-et-un jours que je ne t'ai pas nourri !

J'ai manqué de moments adéquats, c'est certain. Je me suis investie dans bien d'autres aspirateurs de temps libre qui n'étaient pas moins intéressants. Maigre consolation, le Moleskine à côté de toi fait plus pâle figure encore. Je ne l'ai même plus ouvert depuis la dernière note et celle-ci doit déjà avoir les cheveux grisonnants. Je ne vous oubliais pourtant pas, vous deux, réceptacles favoris de mes écrits.

Du temps je n'en ai toujours pas. J'en ai même peut-être moins qu'avant. Mais voilà, vous me manquiez trop. Rester si longtemps sans écrire est un supplice, une plaie au coeur à laquelle on ne s'habitue pas. J'ai besoin d'user ma plume pour que ma vie se fasse. Les événements s'enchaînent au rythme de l'eau qui coule sous les ponts et pour les fixer je dois les écrire. Sans un mot sur eux, ils glissent sur moi. Ils ne s'accrochent pas à ce que j'ai déjà bâti. L'acte d'écriture est ma façon de grandir. Je passe les choses à travers le filtre de mon âme pour conserver l'utile, ce qui atteint l'esprit. Et de ligne en ligne, j'ajoute une brique à ma construction. J'ai besoin de ces temps d'écriture pour reprendre le contrôle de ma vie, pour me resynchroniser avec moi-même. Quand j'écris, j'étudie l'écho des souvenirs et des ressentis sur ma peau. Il me faut du silence pour m'écouter et n'en rater que le moins possible. Chaque texte est le fruit d'une introspection. Nul besoin de plonger bien profondément, je me recentre sur moi-même et cela suffit souvent.

Je n'écris pas quand cela va bien, je n'écris pas quand cela va mal, j'écris quand cela va.

par Leica publié dans : la marmite
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Jeudi 7 septembre 2006

Ma montre s’est arrêtée entre 22h35 et 22h40. Il faudra changer la pile à mon retour. Et nous marchons. Quelle heure est-il ? Impossible de savoir combien de temps ai-je dormi. Malgré mes deux pulls en laine et une grosse veste, le froid mordant me paralyse. Le vent écorche mon visage. Dans mes poches je serre les poings. Où m’emmènent-ils ? Nous traversons un quartier pavillonnaire. Les réverbères éclairent d’une lumière tremblotante la rue bordée par des maisons de cadres moyens où pour se différencier du voisin la seule originalité est la couleur du portail. Tout est propre et droit. Notre jeunesse à elle seule fait déjà de nous des étrangers dans cet ordre trop parfait. Seuls dans la ville à l’heure où rôdent les tueurs, une pensée me vient. Et si l’on se faisait agresser ? Puis une vision soudaine : Jude gisant sur le trottoir, les vêtements en lambeaux, le torse à découvert, ensanglanté. Est-ce un fantasme ou une divagation de mon esprit ? L’idée que cela puisse être une prémonition ne m’effraie même pas. J’ai froid, j’ai faim. Ils continuent à marcher. Bientôt nous quittons la ville. Le silence de la rase campagne nous enveloppe. Les lumières sont derrière nous. Il n’y a plus que l’éclat terne de la lune qui diffuse à travers la brume pour nous guider.

par Leica publié dans : le placard
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Mercredi 6 septembre 2006
Mon frère, ma troisième maman et leur ami Yann ont enregistré à la maison leur maquette de samedi à hier soir, soit quatre jours intensifs. Etant donné le nombre de machines qui ont tourné quasiment non-stop pendant tout ce temps, je vous laisse imaginer la fournaise.
D'habitude on avait le home-studio de mon frère dans une seule pièce, mais là il était disséminé sur tout l'étage de la maison (histoire de bien répartir la chaleur). Si on récapitule, les instruments, les pédales et les micros étaient dans la chambre de l'aîné, là où normalement se trouve le home-studio. Les grand gaillards s'y sont relayés presque sans interruption, or un batteur en exercice ça a vite chaud. Les amplis, le préampli, la carte-son, le Creamware, la table de mixage, l'expandeur, quelques autres pédales ainsi que deux-trois autres machines non identifiées étaient semées dans le couloir. Enfin, la "control-room" occupait la chambre de mon musicien de frère. On y trouvait deux écrans (à tube, bien entendu, pour que ça chauffe plus), une unité centrale dont les composants ont été mis à (très) rude épreuve, une paire d'enceintes de monitoring (à ampli intégré donc pas froides du tout), un multi-patch (tiède), un micro et de temps à autre un ou deux musiciens avec leurs instruments. On n'oubliera pas que la "control-room" fait approximativement 8m², qu'elle devait à tout prix être close et qu'au minimum un gaillard s'y trouvait posté en permanence. Pour finir de visualiser les lieux j'ajouterai que tout ce matériel était évidemment relié par une myriade de câbles enchevêtrés les uns sur les autres.
Nous avons donc un total de trois bêtes en sueur, l'équivalent à cinq-cents convecteurs réglés sur 8, et deux spectateurs dégageant eux-aussi quelques calories. Malgré toutes les fenêtres ouvertes, le thermomètre n'est pas descendu en dessous de 28 / 29° (Celsius, hein !) dans la control-room. Chaque individu a dû en moyenne perdre l'équivalent d'un saladier d'eau par jour. Je vous laisse imaginer les odeurs tout seuls.
Alors oui, nous avons tous survécu ! Mais... L'ouverture intempestive des fenêtres a eu des conséquences (dont la disparition des effluves corporelles). Toutes sortes de bêtes à six ou huit pattes sont entrées dans la maison. Depuis samedi, on pense à reconvertir le salon en "Village des papillons". Les moustiques se battent entre eux pour savoir qui piquer et les moucherons évitent le chat. Hier deux énôôôrmes araignées ont pointé leur museau coup sur coup ! Heureusement grand frère était là pour me sauver... Et ce soir, pas encore d'araignée mais un bébé libellule que j'ai relâché parce qu'il commençait à avoir soif. C'est mignon un bébé libellule. Je fonds (à nouveau mais pas pour les mêmes raisons). Rien que pour ça, ça valait le coup de l'enregistrer cette maquette. Merci les gars !

par Leica publié dans : cave-canem
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Vendredi 1 septembre 2006
Sans faire la minable blague de Julien Clerc aux Vieilles Charrues*, voici un petit condensé de phrases qui veulent dire quelque chose et de phrases qui voudraient bien dire quelque chose. C'est parfois un peu lourd, très mal équilibré mais ça a le mérite de me faire sourire. Et si ça te plaît pas, c'est même tarif !

"Une ombre, un frémissement, un soupir. Le calme."

"Une main effleure, la peau frémit. Deux hommes se guettent, s'attendent, se caressent du regard. On se cherche, on se trouve."

"Plus qu'une érosion c'est un éboulement qu'il a causé et cet éboulement profite à l'érosion qui depuis sans cesse attaque à petit feu brûlant."

"D'une façon ou d'une autre, j'arriverai bien à croiser votre regard pour d'un geste y asseoir mon autorité."

"J'ai regardé un oeil sur lui."

"Sous sa poitrine
Le ciel enchanteur
A glissé un envoyé"

"De ses ailes graciles
Le souffle profond
Il fait une enveloppe"

"Dans ce cœur repose
Sur un lit de glaïeuls
Toute la douceur d'un matin"
_____________________
* A la fin d'une de ses chansons, Julien nous annonce qu'il va faire ce qu'on appelle en français un "medley" et en anglais un "pôôt-pouwii". Tout le monde se marre, pas forcément pour les mêmes raisons. Le problème c'est qu'il enchaîne vraiment sur son "pôôt-pouwii" où il donne à son légendaire vibrato chevrotant toute sa mesure. On souffre en attendant Bumcello...

par Leica publié dans : cave-canem
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