C'est beau, c'est frais, c'est doux et puis ça commence à sentir le poisson. Les teintes changent. Des zébrures oranges
apparaissent sur la fragile collerette, une vague noirâtre envahit la tige. Ça commence à se flétrir et puis après ça sèche sur pied. On savait que c'était fragile mais alors là il faut redoubler
d'attention parce qu'au moindre effleurement c'est l'hécatombe. Avec la sécheresse ça devient cassant en plus. Et pourtant moi je dis :
Même fanée, une fleur est toujours une rose.
J'ai viré le feuillage cueilli dans le jardin pour faire joli puisqu'il commençait à faire plutôt pas joli. Les feuilles jaunissaient et se racornissaient. En revanche, j'ai gardé les roses. J'ai
laissé sécher les tiges à même mon bureau (oh là ! pas de panique, le plateau est en verre !) pendant deux jours. Elles ont subi une
petite taille au sécateur pour les mettre à la bonne longueur et hop, dans le nouveau vase ! Il est marrant le nouveau vase. Un peu rétro, rose pâle translucide, il fait art-déco. La déco en
relief m'évoque les compotiers de grands-mères.
Je les aime bien moi, mes roses séchées. Elles étaient rouges tirant sur le bordeaux il n'y a pas si longtemps. Là elles sont carrément lie de vin foncé avec un peu d'ambre à la base. Elles sont
peut-être fripées mais je m'en fiche. C'est mignon comme tout dans ma chambre et en plus ça va bien avec mon fauteuil.
Mes roses sont mortes et elles n'ont même pas crié. Les bouquets ça a tendance à mourir de tous les bords alors je ne leur en veux pas vraiment. Pas leur faute.
M'enfin tout ne meurt pas. J'écoute pas la Bo de My Sassy Girl pour rien, hein.
Ma chatte a les moustaches blanches. Au milieu de celles-ci on en trouve pourtant une tigrée et une noire, plus courte.
Lorsque ma chatte dort sur mon lit, allongée sur le flanc, elle s'étire parfois de tout son long offrant la blancheur de son ventre à qui veut la voir. Pas un bruit ! Ma chatte rêve. Des sursauts
agitent ses pattes et sa mâchoire. En indomptable carnassière, elle chasse quelque proie imaginaire. Ses oreilles se tendent à l'affût du moindre bruit. Ses muscles roulent sous sa peau
élastique. Et puis dans un profond soupir elle sombre à nouveau dans un épais sommeil. Fin du rêve.
En me levant ce matin, j'ai eu la délicieuse surprise de trouver un carton estampillé "Fragile, roses
fraîches".
Pour nos 1oo jours, mon cher et tendre m'a offert un bouquet de 25 roses rouges en boutons.
Le geste parle. Pour lui. Car moi je ne sais que dire. Je suis en rupture de stock de phrases assez fortes. Et cette fois-ci inutile de m'assurer que mes yeux se font le relais de mon cœur. Il
n'est pas de pupille assez brillante pour le faire.
Alors juste Je t'aime Poco'. Et c'est bien fait pour toi.
par Leica
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Lui
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Hier en fin d'après-midi, je suis allée me promener avec mon bien-aimé dans la vallée toute proche. Au fil du chemin nous
flânions, nous arrêtant pour photographier et dessiner une fleur, un arbre ou le ruisseau voisin. La nature était
paisible, comme endormie par la torpeur ambiante. Nous nous plaisions à l'observer, à nous imprégner de ses senteurs humides, à nous laisser caresser par les rayons du soleil qui perçaient à
travers la ramure des arbres bordant le sentier. Le clapotement de l'eau, le crissement des brindilles sous nos pieds, les nombreux chants d'oiseaux nous berçaient tendrement. Je me laissais
aller à ces moments bénis, oubliant tout jusqu'à moi-même.
Un chemin vint à croiser le nôtre. Mon aimé et moi étions affairés à immortaliser chacun de notre côté un fragment de la nature environnante lorsque j'entendis les pas d'un humain. Une présence
étrangère ! Je levai les yeux et aperçus déjà loin un homme qui courait sur le sentier. Trop concentrée je ne l'avais pas entendu avant. Mon regard se porta alors sur un chien qui le suivait
quelques dizaines de mètres derrière.
Je prévins mon compagnon de voyage et me replongeai sans attendre dans mes occupations. Pourtant quelque chose me fit relever la tête. Le chien était revenu vers nous. Je l'appelai gentiment, il
s'approcha un peu. Je m'aperçus alors que le chien en était une, de chienne. Son maître ne tarda pas à revenir sur ses pas. Je lui indiquai où était parti l'animal. L'homme s'arrêta à côté de moi
et m'expliqua que sa chienne décidait parfois que la balade avait assez duré et faisait demi-tour pour rentrer à la maison. Il l'invita à le rejoindre mais celle-ci n'en fit rien. Il l'appela
alors par son nom. "Leica !"
Je ne le croyais pas. J'avais peut-être mal entendu. La chienne n'écoutait pas. Le maître l'appela donc à nouveau. "Leica ! Ma fille ! Viens !". J'étais estomaquée, incapable de lui demander d'où
venait ce nom. Cette chienne, semblable entre mille, portait le même nom que moi ! Mon aimé décolla le nez de son carnet à dessin et me fit un grand sourire. Finalement le maître nous accompagna
quelques pas et repartit seul. La chienne était rentrée.
A y réfléchir, cette Leica m'a semblé vivre dans un foyer plein d'amour. C'est ce qui m'a frappée, plus que son nom encore. J'ai senti dans la voix de cet homme qui l'appelait de l'affection
tendre et sincère. Ces deux-là ont dû parcourir un bon bout de chemin ensemble.
Je crois que je lui ressemble un peu à cette chienne. Attachée et libre à la fois.