Et si déjà elle me manquait ? Et si de seulement la savoir au loin suffisait pour créer le vide ? Pas de pincements de
cœur, ni de larmoiements, pas même un soupir. Mais faut-il vraiment tout cela pour sentir son absence ? J’ai ce trou noir dans mon ventre qui me glace les côtes comme un courant d’air. Je suis
fébrile.
Ma douce s'en est allée pour dix mois écrire sa vie dans de froides contrées. Cela ne fait qu’une poignée de jours qu’elle a pris son avion. Mais… L’expérience vient contredire le dicton
populaire qui veut que les amitiés et les amours flétrissent par soif de proximité. S’il y a une personne que j’ai à l’esprit en ce moment, quelqu’un à qui je pense avec tendresse chaque matin,
c’est bien elle. Neuf mois et demi nous attendent encore pour prouver que notre relation fait contre-exemple, que notre attachement est plus coriace qu’une armée de kilomètres. Je n’ai pas
peur.
N’avoir plus de ses nouvelles que par webcam, messagerie ou mails interposés est certes douloureux mais l’on s’y fait. Il ne reste plus que la certitude de notre sincérité pour nous assurer que
la réciprocité de nos sentiments est toujours présente des deux côtés. Rien d’autre pour vérifier que la flamme n’a pas été soufflée dans les yeux de l’autre. Cette confiance aveugle que nous
avons en la ténacité de nos liens me semble inébranlable. Envisager que nous puissions perdre le secret du ponton est une idée trop improbable pour dépasser être viable. J’ai la foi.
Elle nage vers son futur. Devant elle tout ressemble à une promesse. Va, vis, découvre et étreins. L’étendue blanche qu’elle dévore reflète la nouvelle page que j’ai décidé de noircir. Il aura
fallu son départ pour que le cahier revoie ma plume. Avions-nous déjà été si bien synchronisées ? Nos deux énergies sont accordées. Je vogue.
Prends ton temps. Je suis dans chacune de tes ombres.